Le Frac et la Ville de Castelnau-le-Lez s’associent depuis cinq saisons en invitant un·e artiste qui vit et travaille en Occitanie d’investir les espaces du théâtre KIASMA : en 2026, c’est l’artiste Georges Boulard qui propose un ensemble de dessins inédits réunis sous l’intitulé « Le MoMA sinon rien ». L’opportunité pour les publics du théâtre de découvrir un artiste et son œuvre placés cette année sous le signe de la joie.
Georges Boulard a gardé de la campagne où il a grandi un rapport presque religieux à toutes les images de son dictionnaire illustré qui ont directement fait sens pour lui. De la ville, qu’il a connu dans un léger retard, le saisissement du gigantisme, du foisonnement. Entre les deux, la curiosité et la fascination et la main comme guide.
Chez le dessinateur, c’est la main qui sait. C’est la main qui dicte. Chez Georges Boulard, elle a étendu plus largement son empire. Elle le possède et le met au travail forcé. Non pas qu’il en souffre : elle lui ouvre le chemin qui mène à sa propre joie. Georges Boulard utilise le productivisme comme méthode d’exploration : il exploite les motifs jusqu’à extinction (ou bien extension), il envoie sa main comme un chien renifler, mâchouiller, grattouiller tout ce qui lui tombe dessous, symboles complexes comme images naïves, figures publicitaires comme fixations populaires – de Bruegel au Blues Brothers, de Marvel à LIDL, en passant par la médiathèque du quartier.
De là, répétition, conjonction, collages, multiplication, eaux-fortes du dessin, appliquées aux éléments saillants pour faire apparaître des angles inconnus – angles déroutants ou moqueurs ou inquiétants ou difformes, bourgeons d’une vie qui s’est déplacée vers de nouveaux territoires interlopes où d’autres trafics sont possibles.
Georges Boulard propose une démesure dans ses œuvres, mais plus encore dans son insistance, qui n’a pas cessé – c’est une légende solide – depuis ses gribouillages d’enfant et en a gardé le trait principal – joie ! – de l’immanence sans intention prédéfinie, qui peut partir dans toutes les directions, s’émerveiller d’une couleur flamboyante ou de jeux de paillettes, s’abîmer dans d’infinis détails dans le coin d’une composition, s’attaquer à des tâches démesurées.
Joie donc de la perpétration (l’action punk qui qui accepte le défi de monopoliser l’énergie vitale contre les lois de la nécessité) sans cesse recommencée. Joie de la (ap)préhension du monde, de faire le tour de son étrangeté pour dompter une angoisse diffuse mais tenace. Joie d’avaler le monde, de le digérer, pour recracher une production comme le monde recrache sur nous toute sa folie et ses normes et sa profusion, mais dans son cas, les annotations font tout.
La joie du faire n’empêche pas la lucidité sur ses conditions d’expression. Les cahiers qu’il remplit ont bientôt été trop petits. Il s’en est enfuit pour se lancer dans des grands formats d’abord animaliers puis s’attaquant à la Tour de Babel qui résonne parfaitement avec son travail.
Reste, toujours la joie du dessin, dont il revendique pleinement l’artifice du contour, la joie donc d’une illusion partagée avec le public, d’une communion moins dans un art que dans une culture recomposée à laquelle il souhaite nous convier.
Michaël Verger
Informations pratiques
Le KIASMA
1, rue de la Crouzette à Castelnau-le-Lez
Tramway ligne 2, arrêt Clairval + 5 à 8 min de marche
Du mardi au vendredi de 14h00 à 18h00 ; le samedi, de 9h00 à 12h30 (hors vacances scolaires)
Entrée libre
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